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Une PerdrioleChoeur Les Rhapsodes
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Le baptême

Le baptême est une initiation réservée aux nouveaux venus et qui confère un statut plus élevé. Le baptême marquait une transition soit dans le niveau de difficulté, de rudesse du pays ou du territoire. Dans la société des voyageurs, c’est un rite de passage d'une classe sociale à une autre. Il marque aussi le changement de statut du voyageur, soit celui à qui on demande un effort facile comme le mangeur de lard, à celui à qui on demande un effort plus difficile tel l’homme du Nord ou encore celui à qui on demande un travail plus rude comme l’homme de l’Athabaska. Il marque aussi la transformation, l’acceptation sociale.

 

On baptise ceux qui ne sont pas encore passés, ceux qui mettent le pied pour la première fois dans un territoire, les blancs-becs. Les lignes de partage des eaux constituaient un excellent repère pour déterminer un changement de statut.

 

Il y avait trois endroits où avait lieu cette pratique. Ces trois endroits représentaient chacun un bassin hydrographique différent. On change de bassin, on change de statut. Donc une initiation pour chaque changement de statut. 

 

À la Pointe au Baptême sur la rivière des Outaouais, on devient mangeur de lard[1].

Tous les voyageurs remontant la rivière des Outaouais passaient nécessairement par un endroit appelé Pointe au Baptême sur le lac des Allumettes, à l’embouchure de la rivière Creuse (près de Chalk River). Là, les anciens baptisaient tous les nouveaux venus en les jetant à l’eau et le bourgeois offrait à tous une régale, c’est-à-dire une traite de vin ou de rhum. C’est surtout le passager, le commis ou le bourgeois qui doit se soumettre à cette tradition de faire plaisir à ses tortionnaires. La plupart des mangeurs de lard revenaient à Montréal et passaient l’hiver dans la douceur de leur foyer parmi leur famille et leurs amis. On le dédaigne, le méprise. Ceux qui continuaient devaient hiverner et donc passaient à l’étape suivante.

 

Près du lac à la Pluie (Fort Frances) après Grand Portage, on devient homme du Nord. On passe un premier hiver dans les pays d’en Haut.

 

Un deuxième site à l’ouest du lac Supérieur, peu après Grand Portage, à la ligne de partage des eaux entre le versant des Grands Lacs et celui du lac Winnipeg et de la baie d’Hudson. L’endroit s’appelle « portage Little Rock »[2]. Là, ceux qui se faisaient initier s’agenouillaient et un ancien voyageur les aspergeait d’eau à l’aide d’une branche de cèdre. Ils devenaient « homme du Nord » et pouvaient ensuite porter une plume à leur chapeau. Chaque initié doit promettre de faire subir le même traitement à tout nouveau qui passerait par là, et aussi de ne jamais embrasser la femme d’un voyageur sans le consentement de celle-ci. Et bien sûr, à cette pratique s’ajoutait le prétexte d’offrir une régale, c’est-à-dire un peu de rhum ou de vin aux tortionnaires. Même les bourgeois, les commerçants et les actionnaires devaient se soumettre à cette pratique, car cela prouvait qu’ils avaient hiverné en pays indien et pouvaient donc faire partie du très sélect Beaver Club de Montréal.

 

Au portage La Loche, on devient homme de l’Athabasca. L’homme de l’Athabasca, lui aussi hiverne, mais son territoire est encore plus au nord, dans la région de l’Athabasca. C’est le plus brave, le plus robuste, le plus endurant.

 

Le troisième site est situé au portage La Loche à l’Île-à-la-Crosse. Il est considéré comme le plus long (20,93 km) et le plus difficile à franchir. Lui aussi est situé sur une ligne de partage des eaux, soit le versant de la baie d’Hudson et celui de l’océan Arctique. On arrive du versant de la baie d’Hudson. On va chercher de l’eau dans un lac situé sur l’autre versant. Il n’y a qu’un court sentier qui relie les deux plans d’eau. On baptise le nouveau venu en l’aspergeant à l’aide d’un rameau de cèdre. Il devient homme de l’Athabaska et encore une fois, chacun reçoit une régale.

[1] Sur une pointe de sable, aujourd’hui propriété des Laboratoires de Chalk River, les voyageurs faisaient une halte pour initier les nouveaux venus qui devenaient « mangeurs de lard ».

 

[2] The Voyageurs, Howard Sivertson, p. 51

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